QUINZE ANS ET SIX MOIS. AUJOURD'HUI.
I never said I love you.
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« Il m'a regardé, avec son air des grands jours.
- Mais arrête de faire cette tête d'enterrement Selphya ! Je t'ai déjà dit que je ne partais pas pour toujours. Je vais revenir, m'a-t-il dit avec un sourire taquin.
J'ai esquissé un sourire forcé, et voyant que mes efforts pour paraître heureuse étaient vains, il laissa son gros sac tomber à ses pieds et me prit dans ses bras. Il déposa un baiser sur mon front. Le dernier. J'ai profité longuement de cette embrassade symbolique : inconsciemment, je savais très bien qu'il ne reviendrait jamais. C'était la fin de notre belle histoire. Il défit son étreinte, trop tôt pour moi. Sans m'adresser un regard, il ramassa son sac et le balança par-dessus son épaule. Enfin, il releva les yeux. Je vis dans son regard qu'il était pressé de s'en aller. Vas-y, pars. Je ne te retiendrai pas plus longtemps.
- Bon, eh bien... Au revoir Selphya. Trois mois, ce n'est pas long ! Tu auras à peine le temps de cligner des yeux et je serai de retour !
Forcément, j'ai un peu ri.
- Tu as raison, ça passera vite. J'en suis sûre, m'entendis-je dire, d'une voix faussement enthousiaste.
Il m'a toisé encore quelques secondes en souriant, puis il a tourné les talons. Il ne s'est pas retourné. Moi, je l'ai regardé s'engouffrer dans les ténèbres du tunnel jusqu'à ce qu'il ne devienne plus qu'un petit point insignifiant. La différence majeure qu'il y avait entre Sunrick et moi, c'est que je passais la plupart de mon temps à m'occuper du passé, tandis que lui ne songeait qu'à son avenir.
Bien entendu, il n'est jamais revenu. Et désormais, à chaque fois que mes yeux se ferment et se rouvrent, le souvenir de sa dernière phrase me hante. Mon amour, mon frère, mon ami... Cela fait près de dix-huit millions de fois qu'il aurait du revenir. »
Vingt et un décembre deux mille huit. Vingt-trois heures treize.